« Il atteint à de tels sommets par l'agrément de son style, sa fantaisie allègre, son humour ravageur et la causticité de son persiflage, il maîtrise à un point tel l'art de l'allusion émoustillante, […] il sait si bien dépeindre, comme au pinceau, les habitudes, les passions et les sentiments humains et les donner à voir bien plus qu'à lire, qu'aucune comédie, aucune satire ne peut être comparée à ses dialogues, tant pour le divertissement que pour l'utilité. » (éloge de Lucien par Érasme, cité dans L.-E. Halkin et al., Opera omnia Desiderii Erasmi Roterodami, ordinis primi tomus tertius, Amsterdam, 1972.)

 

Lucien de Samosate

Né vers 125, mort après 190, durant l’apogée de l’empire romain. Rhéteur et satiriste de Commagène (aujourd’hui Samsat, Syrie), il a voyagé dans tout l’empire et écrivait en grec.

Sa biographie est incertaine, on la connaît principalement par ses propres récits et il n’est pas exclu que ce qu’il en dise – trajectoire étonnante dans l’empire romain d’une enfance modeste et provinciale à une grande carrière de rhéteur et d’écrivain, fortuné, renommé et proche du pouvoir – soit une duperie parodiant les poncifs socratiques… Il faut toujours garder l’esprit critique avec Lucien.

 

Humour en tout genre

On lui attribue plus de quatre-vingts œuvres. SF burlesque avant l’heure avec Histoires vraies, pamphlets second degré avec Contre un stupide bibliomane, éloge paradoxal et faux dialogue platonicien avec Anarchasis, sarcasme didactique avec Sur la manière d’écrire l’histoire (parodie de Thucydide), poésie burlesque avec Tragédie de la goutte, toute son œuvre se caractérise par une ironie mordante, voire jubilatoire, influencée par Aristophane, Ménandre, mais aussi la tradition satirique. Sa langue est à la fois très pure est d’une verdeur rabelaisienne. Sa mission semble être celle de dénoncer avec humour et virulence les dogmes et les charlatans, parmi lesquels il range nombre de philosophes (ses Philosophes à vendre firent scandale). Homme jovial, bien que désabusé par la superstition et la crédulité de ses contemporains, Lucien ne cherchait qu’à divertir.

 

Lucien après Lucien

Ni idéaliste ni compatissant avec les travers humains, Lucien influença les moralistes du xviie siècle, les contes proto-SF de Cyrano de Bergerac et de Voltaire… Son œuvre Les amis du mensonge ou L'incrédule, où un balai se transforme en serviteur, inspirera la célèbre scène du Fantasia de Walt Disney (1940).


(Source image : gravure de William Faithorne, XVIIe siècle.)